Newsletter No3, avril 2021 : La forêt

Cette troisième newsletter s'intéresse au dialogue entre art, écriture et forêt, mais aussi à l'élévation du niveau de la forêt dans les Alpes.

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En Suisse, la forêt recouvre environ un tiers du territoire. Si elle remplit des fonctions essentielles (protection contre les dangers naturels, production de bois, contribution à la biodiversité, lieu de ressource et de détente notamment), elle a également toujours été source d'inspiration pour les écrivain·e·s et les artistes.

Dans cette newsletter, nous verrons comment des enseignant·e·s font dialoguer art, écriture et forêt, mais aussi pourquoi la forêt regagne du terrain dans les Alpes.

Du côté de l'enseignement

« Les écouteurs de la forêt »

un témoignage de Thomas Berset, enseignant au Collège Dubochet (Morges-Ouest).

J’enseigne à l’Etablissement de Morges-Ouest au collège Dubochet. Après plusieurs lectures autour de la gestion de classe et des apprentissages fondamentaux pour les 1-2P, j’ai décidé de faire une partie de l’école en forêt avec la création d’un canapé forestier sur la commune d’Échichens, en dessus de Morges.
J’effectue annuellement un ramassage des déchets dans une forêt de la commune avec les élèves afin de les sensibiliser au respect de la nature mais aussi au triage des déchets. Par la suite, il m’est venu l’idée de créer un lieu pour venir enseigner et apprendre en forêt mais aussi de partager ce lieu d’apprentissage avec les familles pour qu’elles puissent se rendre en famille lors des weekends.
Ayant une classe de 1-2P à Morges, le déplacement se fait soit en bus ou à pied. Nous y allons par tous les temps. Comme dit un dicton anglais : « Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que des mauvais habits ».
De l’accord de ma direction à l’accord de la commune en passant par l’accord du garde forestier via le canton, les autorisations de construire un canapé forestier ne sont pas si simples à obtenir et prennent un peu de temps (entre 4 et 6 mois).
Dès que l’administration a été réglée, j’ai pu m’organiser avec les parents d’élèves de la classe, une autre classe d’Échichens et le garde forestier pour venir le lundi 29 septembre dernier planter huitante piquets de 1m70 de haut en châtaignier pour créer le pourtour du canapé forestier. Le lendemain, je suis monté avec ma classe pour remplir l’espace entre les piquets avec du bois.

Le projet est bien accueilli par les parents qui voient en ce dernier un moyen d’enseigner de manière atypique et une autre façon d’aborder les savoirs du plan d’études romand (PER). Il est vrai que lors des deux premières années de la scolarité, les enfants sont encore beaucoup dans le sensoriel, le toucher, l’apprentissage par le jeu et la collaboration. Ils ont besoin de mobilité en apprenant. Pour aller dans ce sens en classe, j’ai commencé en août dernier à enseigner en classe semi-flexible. Il est donc bénéfique pour les élèves de se retrouver en forêt dans un endroit qui permet de manipuler et de chercher des choses pour pouvoir ensuite les apprivoiser. On le sait bien : L’apprentissage par l’expérience est fort et reste plus longtemps. Quand l’individu peut vivre son apprentissage, il l’aura acquis de manière beaucoup plus approfondie que lorsqu’il le fait une fois, assis et sur une fiche.

La culture, c’est la classe !

Il est d’autant plus bénéfique qu’en ces temps de crise sanitaire, l’enseignement à l’extérieur est encouragé par le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Dans le cadre d’un appel à projet lancé par le Service des affaires culturelles du canton de Vaud en collaboration avec la Direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) et la HEP Vaud intitulé « La culture, c’est la classe », notre projet a été sélectionné fin octobre pour recevoir une bourse et ainsi pouvoir travailler avec Danae Dario, comédienne et diplômée de la Manufacture à Lausanne. Nous avons monté ensemble un projet intitulé « Les écouteurs de la forêt ». Ce dernier consiste à travailler autour de l’art théâtral et ainsi promouvoir des capacités transversales avec comme lieu d’attache, le canapé forestier. Une représentation est prévue à la fin juin 2021.
« Les écouteurs de la forêt » est un projet d’immersion et d’exploration d’un monde qui regorge de mystères et dont nous sommes loin d’avoir décrypté toutes les histoires. Il s’agit d’une tentative de confrontation entre nos corps, nos imaginaires et la complexité de l’écosystème d’une forêt.
Nous partons du postulat qu’une forêt parle, chante et crie, et qu’il suffit d’ouvrir nos sens et nos imaginaires pour l’entendre. Depuis peu, nous savons que les arbres parlent entre eux, pourquoi ne nous parleraient-ils pas à nous ?

Vous l’aurez compris, ce projet est polyvalent et permet une multitude de possibilités de faire passer des savoirs aux enfants. Seul ou en famille, de jour comme de nuit, une forêt saura éveiller votre créativité. Nous avons même créé des toilettes. Je remercie les parents d’élèves qui ont planté les huitante piquets, les instances communales d’Échichens et Stéphane Furer, garde forestier sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour.
Après quelques mois, des enfants viennent vers moi le lundi en me disant qu’ils ont mangé en famille au canapé forestier ou encore fait une balade durant le weekend.

contact : thomas.berset@edu-vd.ch

« Art et écologie – Jumelage entre élèves et écosystèmes »

un projet de Vanessa Bongcam et Chloé Delsad du Gymnase de Chamblandes.

Depuis quelques années, entre amis qui partageons des pratiques de la « nature », cette question s'est imposée à nous. Pour formuler nos projets, on ne pouvait plus dire : on va « dans la nature ». Il fallait bien retrouver des mots pour rompre avec les habitudes de langage, des mots qui fassent sauter de l'intérieur les coutures de la cosmologie qui est la nôtre. Cette cosmologie qui érige les environnements donateurs en réserves de ressources ou lieux de ressourcement, et que met à distance là-dehors ces territoires vivants qui sont en fait sous nos pieds et nous fondent. (Baptiste Morizot, Sur la piste animale, Actes Sud, 2018, p.20-21)

Dans l’optique de favoriser l’enracinement à la nature et l’ouverture culturelle, nous avons élaboré des activités à l’origine de l’exposition « Art et écologie ».
Elle présente les réalisations des élèves du jumelage de l'École de Kakpin (en Côte d'Ivoire) et le Gymnase de Chamblandes, qui se veut un pont entre deux écosystèmes naturels et culturels. C’est un dialogue entre des jeunes de Côte d’Ivoire qui ont écrit, peint, raconté, revisité leur savane, et des jeunes de Suisse, qui ont dessiné, photographié, conté, étudié leur forêt. Elles et ils ont échangé leurs connaissances et impressions à travers des lettres et des œuvres. Des activités biologiques et littéraires ont eu lieu dans la forêt et dans la savane afin de développer un processus d'enracinement chez les élèves. Elles correspondent aux différents pôles de l’exposition : artistique, cartographique, littéraire et biologique.

Le projet a débuté en septembre 2019 avec les élèves de 2M7 du Gymnase de Chamblandes qui ont entre seize et dix-huit ans et les élèves de l'École de Kakpin qui ont entre dix et quatorze ans.
Différentes œuvres créatives émergent de ce parcours et dialogue entre disciplines : des contes, des macrophotographies, des impressions sur tissus et linogravures, des cartes du Bois de la Chapelle (Épalinges) et une installation artistique en lien avec la crise climatique et l'évolution des végétaux terrestres. Celles-ci ont été exposées dans l'atrium de notre gymnase.

contacts : vanessa.bongcam@eduvaud.ch, chloe.delsad@eduvaud.ch

Du côté de la recherche

« Dans les Alpes, les arbres sont en marche et transforment le paysage »

Par Christophe Randin, privat docent DEE-FBM UNIL, chercheur associé au Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne et directeur du Jardin Flore-Alpe à Champex-Lac.

La limite supérieure de la forêt figure certainement parmi les composantes les plus remarquables du paysage de nos Alpes. Elle indique le passage de la forme de vie « arbre »  vers les pelouses herbacées des hautes altitudes. La présence des arbres requiert une température moyenne de l'air supérieure à 6,4° C durant une période minimale de 90 jours durant l’été. Cette contrainte thermique de la limite supérieure des arbres est valable aussi bien en latitude qu’en longitude et quelle que soit l’espèce ou le continent.
Dès l'âge du Bronze, il y a environ 4000 ans, cette limite a été abaissée dans les Alpes sous l'influence humaine et le développement de l’estive. Depuis 150 ans, le climat s'est réchauffé de +1.6 à +1.9°C dans les Alpes. En conséquence, à certains endroits libres de toute activité humaine, les limites supérieures naturelles de la forêt et de l'arbre se sont élevées d'environ 200m. Sous ces limites, la limite des espèces à l’intérieur des forêts s’est élevée en moyenne de 70m.
Cependant, 90% de ces augmentations de surfaces forestières dans les Alpes sont causées par la déprise agricole. Ce ne sont donc que les 10% restant qui sont actuellement attribuables au réchauffement mais la contribution du climat devrait augmenter dans les décennies futures.
On pourrait dès lors penser que cette expansion forestière, entre 30 et 50% en un siècle et réalisée presque exclusivement au-dessus de 1800m, a un impact positif dans le contexte du réchauffement climatique. En effet, les forêts constituent actuellement un puits de carbone et séquestrent environ 33% du carbone émis par les activités humaines, le piégeant de manière plus ou moins durable dans la matière organique. Or, le reboisement lié à la déprise agricole se fait dans des prairies et des pâturages autrefois très riches en espèces herbacées : la mosaïque de milieux variés et contrastés s’efface peu à peu pour laisser la place à un paysage forestier plus homogène. Simultanément, les arbres partis à la conquête des cimes vont remplacer à terme les pelouses alpines, deux à trois fois plus riches en espèces végétales que les milieux de plus basses altitudes.
L’expansion de la forêt, malgré certains effets positifs, a donc des impacts directs sur la biodiversité des montagnes et leurs paysages, atout incontestable du tourisme, qui joue un rôle majeur dans l’économie alpestre. Dans ce contexte, le maintien de l’activité agricole est fondamental pour conserver ces paysages menacés.

contact : christophe.randin@flore-alpe.ch

Agenda


  • « Et les arbres demain ? » Exposition entre art et science à l'Espace Arlaud - Lausanne. Du 05.03 - 04.07.2021.

Du côté des médias

Documentation

  • Les ressources documentaires et pédagogiques sur les thèmes « eau et forêt » sont disponibles sur notre site ici.

Ateliers et activités à faire avec sa classe 


  • Le laboratoire L'éprouvette de l'UNIL propose deux activités (à partir de 15 ans) au Bois de la Chapelle à Épalinges.
  • Le Musée et Jardins botaniques et L’éprouvette de l’UNIL propose une enquête d’une journée « Mais quel est cet arbre? » (dès 10 ans).
  • L'atelier forêt de montagne (AFM) propose des semaines en forêt pour les classes d'élèves de 14 à 20 ans.
  • Phénoclim est un programme scientifique et pédagogique qui invite le public à mesurer l'impact du changement climatique sur la faune et flore en montagne.